Le Epagneul Breton

par R. Wilson (1934)

Je ne m’étendrai pas trop sur l’origine et l’histoire de cette race si appréciée en France, les Français ne s’accordant pas eux-mêmes sur ce sujet. Ce doit être une très vieille race, d’ailleurs les petits chiens que l’on voit sur d’ anciens  tableaux (e.a. de Jan Steen) sont assez ressemblants.  
L’ancienne sorte avait un bon nez mais ne tenait pas bien l’arrêt. Au début 1900, de meilleurs chiens d’arrêt apparurent ; on introduisit du sang de setter anglais ; c’est ainsi que le type « de Fougères » vint à l’avant-plan. La race originelle fut améliorée par croisement avec un petit setter blanc-orange.

 

Dans le pedigree des plus anciens chenils (Bécannières, Kerlossac, Kerhuy, du Cosquérou, Pradalan, etc.) figure toujours parmi les vainqueurs de field-trial le mâle « Boy » de la souche « de Fougères ».
Un Anglais préférerait bien fixer un type amélioré avant de le montrer ;  ce ne fut pas le cas en France avec comme résultat un mélange de chiens de différentes tailles, ressemblant à des setters ou des pointers, sans parler des croisements avec d’autres races continentales françaises :  tout le monde faisait des essais.

En 1907 le « Club de l’Epagneul » fut créé par 25 membres et le standard fut établi ; celui-ci fut amélioré après la guerre, en 1923, et encore remodifié en 1933. Le standard impose : un petit chien (45 à 52 cm) , aux reins courts, larges et forts, élégant, de structure solide avec de la vivacité et une expression intelligente ; pour comparer avec des chevaux : un « cob » plein de sang. En ce qui concerne la couleur, seuls le blanc-orange et le blanc-brun sont admis.
La mode se porte surtout sur la couleur orange – à tel point même qu’il y a quelques années on ne voyait pratiquement pas de bruns dans les expositions. Ces dernières années on voit réapparaitre le blanc-brun et certains connaisseurs prétendent que cette couleur produit les meilleurs chiens de chasse.
Jusqu’en 1933 le standard exigeait « né anoure ou avec queue courte ». Quoi qu’on fit, des queues longues figuraient dans les nichées ; aucun éleveur, aussi habile fut-il dans la sélection, ne réussit à fixer la longueur de la queue ; le Club organisa un référendum en 1933 parmi ses 350 membres et le résultat en fut que la question de la queue était résolue en ce sens que désormais les chiens avec queue raccourcie ont les mêmes droits en exposition que les chiens nés anoures.
En conséquence, les inscriptions aux expositions augmentairent considérablement. Cette année la classe ouverte mâles comptait largement 30 participants, et la classe ouverte femelles presque 30.
Après la guerre, ce sont les chenils « du Cosquérou » et « de Callac » qui produisent le meilleur matériel, suivis un peu plus tard , très à l’avant-plan, par le chenil « de Cornouaille ».

Le nom de chenil « de Cosquérou » appartient au renommé dresseur Mège, l’un des plus anciens éleveurs ; ses chiens gagnent de nombreux concours, tandis que Monsieur Bourdon, propriétaire du chenil « de Cornouaille », produit d’excellents chiens d’exposition, à côté de très bons chiens de travail. On trouve dans presque tous les pedigrees de bretons l’un ou plusieurs de ces trois noms de chenil.

Lorsqu’on a de bons exemplaires de cette race, on ne la quitte pas facilement. Ce sont de petits chiens d’arrêt sobres et robustes, rapportant rapidement sur terre et dans l’eau, et qui peuvent être utilisés dans n’importe quelle chasse. Aucune journée, même très chaude, ne leur semble trop longue et ils sont toujours prêts. De plus, ce sont des chiens de compagnie idéaux, petits de taille, qui prennent donc peu de place à la maison, dans le train ou en voiture. et dont les pattes peu poilues amènent peu de saleté.



Quand j’écris ‘apte à toutes les chasses’, je dois faire une exception ; tous les exemplaires ne peuvent pas faire du rapport au fusil lors de battues où des centaines de pièces sont tirées ; les nerfs (vivacité et concurrence) leurs jouent alors des tours, mais de telles battues sont-elles de la chasse ? N’est-ce pas plutôt du tir ? Pourtant le gibier tué ou blessé doit être trouvé.
Ils ne sont pas beaux – comme tous les  chiens aux oreilles attéchées haut - (les types setter aux oreilles basses sont plus agréables à l’œil) ; heureusement, les maniaques des expositions ne s’en sont pas encore emparés, car lorsqu’ils s’occupent d’une race, sa valeur sur le terrain a vite disparu. En France, ce danger est moins grand que chez nous, d’ailleurs les chiens de travail ne peuvent devenir champions de beauté s’ils n’ont pas prouvé leurs qualités en travail.
On peut se rendre compte du succès de l’épagneul breton ces 25 dernières années par l’accroissement du nombre de membres du Club ; il débuta avec 25 membres et fêta en 1933 son 25ème anniversaire ; il compte maintenant 400 membres. Ces dernières années cette race a connu le plus grand nombre d’inscriptions annuelles au livre des origines français (L.O.F.).
A l’étranger également on reconnaît les avantages de ce « bon à tout faire », comme on l’appelle dans son pays d’origine.  Il y en a plusieurs en Italie et en Suisse, et en Belgique aussi on les utilise beaucoup à la chasse. C’est Monsieur Payen, le renommé dresseur d’avant-guerre, qui en a importé d’excellents exemplaires. Son nom de chenil « Rapid » se retrouve presque dans tous les pedigrees des chiens nés en Belgique. Après cela, des importations moins heureuses eurent lieu. Un contrecoup en fut la conséquence, la race fut dénigrée, surtout par les éleveurs d’autres races qui ne voyaient pas avec plaisir l’arrivée de nouveaux concurrents (songeons aux médisances des vendeurs d’automobile concurrents sur leurs marques respectives).  
Il faut toujours du temps avant de se débarrasser des moins bons spécimens et d’arriver à relever la race avec de bons chiens de travail. Ces dernières années, il y a du progrès.

Il faut toujours du temps avant de se débarrasser des moins bons spécimens et d’arriver à relever la race avec de bons chiens de travail. Ces dernières années, il y a du progrès.
Je ne dirai rien de la Hollande. Ces chiens sont-ils difficiles à dresser, comme on le prétend souvent ?
Je déclare sans ambages que ce n’est pas vrai et je n’ai jamais éprouvé de difficulté particulière ni au dressage ni à la conduite. Ce sont des chiens très attachés qui, confiants en leur maître, se dépensent pour lui faire plaisir et lui trouver du gibier. Il faut, comme pour un pointer ou un setter, les mener fermement mais pas brutalement, et surtout ne pas les rosser. Un dresseur français connu l’a exprimé avec finesse : « la grande passion pour la chasse doit être  soigneusement canalisée, les premiers pas doivent être conduits avec une main de fer dans un gant de velours ». D’ailleurs il ne faut jamais rosser aucun chien ; tout au plus, en cas de désobéissance flagrante, on peut donner une tape. Rosser ne sert qu’à calmer l’énervement du maître et doit être évité.  Certains chiens continentaux, après avoir reçu une correction, reviennent servilement chez leur maître pour en recevoir une seconde ; ce n’est pas le cas du breton : si l’on a été brutal au cours du dressage, un gâchis s’en suivra.  Il faut aussi être attentif au gibier à poils ; j’ai lu des livres sur le dressage de chiens continentaux ; on les laisse poursuivre le poil à fond de train, ils se rendent vite compte que c’est inutile et abandonnent. Pas le breton : s’il a eu l’occasion de donner un coup de dent, il est très difficile de le lui
désapprendre ; mieux vaut l’éviter dès le début.


J’espère que ces lignes pourront servir à encourager nos chasseurs hollandais à faire l’essai de ces chiens, non pas pour le bien de la race, car celle-ci n’a nul besoin de soutien, mais pour le plaisir des chasseurs eux-mêmes.

(Sources : l’hebdomadaire français « L’Eleveur » et l’Annuaire 1933 du Club de l’Epagneul Breton, ce dernier ayant procuré aimablement les clichés ci-contre)